O comme… Ouvrier mineur

L’exploitation des mines dans les Cévennes remonte au XIIIe siècle. Pendant très longtemps artisanale, l’extraction de la houille servait principalement à alimenter les forges et pour la fabrication de la chaux. Elle se développe jusqu’au XVIIIe siècle.

Au XIXe siècle,  la révolution industrielle signe l’arrêt de l’exploitation artisanale souvent dépourvue de moyens techniques et humains. L’industrie minière se met en place grâce à l’utilisation de machines et d’outils modernes, très efficaces.
L’usage, de plus en plus généralisé, de machines à vapeur puissantes dans de nombreux secteurs va alors provoquer un accroissement spectaculaire de la demande en charbon.
Ces mêmes machines à vapeur installées sur les carreaux de mine vont permettre, avec  une augmentation de la production et un meilleur rendement, de répondre à cette demande croissante.

L’industrie minière prend son essor au XIXe siècle avec la conquête des basses vallées et la création de villes nouvelles comme La Grand’Combe, là où mes sosa 54, Jean Victorin PALMIER, et 210, Joseph MENARD, ont été ouvriers mineurs.

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Des mineurs – Source : Euroconte

La compagnie des mines de la Grand’Combe a été créée en 1836, en même temps que la Compagnie des Chemins de Fer du Gard. Aussitôt, un projet de loi est soumis pour prolonger la ligne d’Alès jusqu’à La Grand’Combe. Il en est question dans un article du journal Le Constitutionnel n°178, paru le 27 juin 1837. Et c’est ainsi que dès 1841, la ville est reliée au Rhône par l’une des toutes premières voies ferrées.

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La gare de la Grand’Combe – Source : Delcampe

Après la Première guerre mondiale, la production accuse un fort retard de production à cause de leur faible rendement et de leur sous-mécanisation. Situation aggravée par la crise de l’entre-deux-guerres. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, le niveau des rendements des mines de charbon va stagner.

Le 17 mai 1946, une loi promulgue la nationalisation des mines de charbon et son décret d’application du 28 juin 1946 fusionne les sept sociétés existantes dans le Gard ( Compagnie houillère de Bessèges ; Société anonyme de Cessous ; Compagnie des mines de la Grand-Combe ; Société anonyme des houillères de Rochebelle ; Société du Nord d’Alès ; Compagnie de mines, fonderies et forges d’Alès ; Mine de Lalle) et la Compagnie des Mines de Graissessac, l’unique société de l’Hérault. Les Houillères du bassin des Cévennes (HBC) ainsi créées embauchent et modernisent l’activité. Un record de production est atteint en 1950 avec 3 300 000 tonnes avec un effectif de 20 000 ouvriers (toutes catégories professionnelles confondues) sur l’ensemble du bassin houiller d’Alès – La Grand’Combe. Pourtant, malgré cette modernisation impressionnante et ces excellents résultats, la situation n’était pas bonne : le charbon produit à l’étranger est environ 25% moins cher que celui produit en France et, surtout, de nouvelles énergies (hydraulique, nucléaire) apparaissent et sont plus compétitives.

Dans les années 1950-55, les plans gouvernementaux visant à la réduction de la production charbonnière entrainent la fermeture des premiers puits. Les autorités accordent une priorité absolue au développement du nucléaire civil. Le 16 avril 1968, les HBC sont intégrées dans les Houillères de Bassin du Centre-Midi et deviennent « Unité d’Exploitation (U.E.) du Gard ». Plus tard l’exploitation est concentrée dans le secteur Sud du Bassin des Cévennes (puits des Oules, puits Destival) jusqu’à la fermeture en 1985. La production se poursuivit dans des mines à ciel ouvert qui fermèrent progressivement pour cesser toute exploitation en 2001.

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Le chevalement du Puits Ricard – © Sébastien Berrut

Aujourd’hui, à La Grand’Combe, un musée retrace l’histoire des houillères et de la vie des « gueules-noires ». Il a été installé autour du Puits Ricard. Ce puits, comme l’ensemble du même nom, a été construit entre 1932 et 1935 et fermé en 1978. C’est assurément un endroit que n’ont pas connu mes aïeux mineurs puisque Jean Victorin Palmier est mort en 1920 et que Joseph Menard a marié sa fille Anne en 1839 mais il permet tout de même de se faire une idée de leur vie.

Au début du XIXe siècle, la journée d’un mineur dure entre 12 et 14 heures. Il est payé à la tâche et reçoit souvent une faible rémunération. De plus, il doit subir les infiltrations d’eau et la poussière dans les galeries ainsi que les fréquents effondrements et coups de grisou. Les mouvements sociaux successifs aboutissent en 1905 à la durée légale de 8 heures de la journée de travail.

Après être passés par la « salle des pendus » où se trouvent les paniers contenant leurs vêtements de travail, les ouvriers se dispersent selon leur fonction dans la mine.

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La « salle des pendus » – Source : La maison du mineur

Les ingénieurs, représentant de la Direction, descendent au fond des puits pour organiser et diriger le travail, veiller à la sécurité des chantiers.

Les agents de maîtrise assurent les tâches de surveillance. Les géomètres dressent les plans de la mine ce qui permet de suivre l’évolution de l’exploitation.

Les maîtres-mineurs secondent les ingénieurs.

Les mineurs au jour : machinistes, mécaniciens, électriciens… qui assurent le bon fonctionnement de la mine.

Les mineurs de fond – qui représentent environ 65% des effectifs – empruntent les cages pour descendre dans les galeries d’exploitation où ils vont travailler par équipes d’environ 6 à 10 hommes.

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Une des cages du puits Ricard – © Sébastien Berrut

Les boiseurs installent et entretiennent les soutènements des galeries. Ces galeries sont souvent basses et obligent les piqueurs – ceux qui taillent et abattent le charbon à la main puis, à partir de 1930, au marteau-piqueur – à travailler dans des positions peu commodes et souvent inconfortables. Ensuite, les rouleurs évacuent le minerai à l’aide de wagonnets.

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Convoi de berlines sortant de la galerie Philipeau – Source : Delcampe

En fin de journée, ils se massent dans la cage qui leur permet de regagner la surface.

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Les mineurs se préparent à regagner la surface – Source : Delcampe

Le minerai remonté à la surface est acheminé au bâtiment de la recette. Les wagonnets sont vidés et le charbon est trié, lavé et conditionné par les placières.

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Le bâtiment de la recette du puits Ricard – Source : © Sébastien Berrut

La journée se termine avec un passage par la salle des douches puis à nouveau par celle des « pendus » pour retrouver les vêtements de ville avant de rentrer à la maison.

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La salle des douches – Source : La maison du mineur

Merci de m’avoir suivie dans cette histoire – très condensée – des ouvriers mineurs dans les Cévennes.

Merci de m’avoir lue et à demain pour la suite du ChallengeAZ !


Sources :

  1. Abécédaire « Le travail par la récréation : alphabet à colorier / dessin de H. Delalain » trouvé sur Gallica
  2. Je remercie Sébastien Berrut de m’avoir autorisée à utiliser certaines de ses photos pour illustrer cet article. Retrouvez la totalité du portfolio sur http://www.patrimoine-minier.fr/cevennes/index.html
  3. Euroconte, géré par le Centre Méditerranéen de Littérature Orale (CMLO)
  4. Saint-Florent d’hier et d’aujourd’hui, pour en savoir plus sur les conditions de vie des mineurs dans les Cévennes
  5. Ville de La Grand’Combe
  6.  Cévennes-Tourisme
  7. La Mine-témoin d’Alès
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3 réflexions sur “O comme… Ouvrier mineur

  1. Belle evocation du pays minier, de Graissessac – que je connais bien, mon grand père y a bâti les bains douches – sous ma maison des Nieres, un réseau de galeries que seuls les plus anciens connaissent l’existence.
    Thierry

    Aimé par 1 personne

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