En fin de registre…

Ce matin, je cherchais l’acte de mariage de Jean TURC, mon sosa 68, avec Françoise DELON, ma sosa 69, dans un registre BMS de la commune de Gabriac (48). J’ai passé chaque page du registre mais je ne l’ai pas trouvé… par contre, sur la dernière page du registre, il y a cette déclaration :

DŽclaration du curŽ de Gabriac (48)

Ce jourd huy 14 aout je me retire a cauze des menaces qui me parviennent de touts les cotes, et quil faut que je me retire ou que je me vende : cest a dire que je prete le serment, ce que je refuze formelement, on y ajoute toutes les inventions les plus odieuzes afin qu’on puisse uzer de violence et minculper pour les plus injustes pretextes. je declare que je ne renonce point a mon benefice dont aucune puissance humaine ne peut me depoüiller sans la plus noire injustice. le soin des ames majant été confié par jch [Jésus-Christ ?] et par leglize en foy de quoy a gabriac dans ma maison dhabitation le 14 aout 1792

[signé] Bruguiere prieur curé

Ne sachant pas trop de quoi il retournait – je ne suis pas vraiment au point sur la période révolutionnaire – j’ai fait quelques recherches dont je vous livre ici les grandes lignes.

Dès le début de la Révolution plusieurs mesures sont prises contre l’Église catholique, au rang desquelles la suppression de la dîme et l’interdiction des vœux notamment. En juillet 1790, la promulgation de la Constitution civile du clergé soumet l’Église catholique au pouvoir civil. Par un décret voté le 27 novembre 1790 et sanctionné [approuvé] par le Roi Louis XVI le 26 décembre 1790, les membres du clergé doivent prêter serment à la Constitution civile, au plus tard le 4 janvier 1791.

« Par décret de l’Assemblée nationale, et conformément à la constitution civile du clergé en date du 24 août 1790, tous les ecclésiastiques prêteront le serment exigé un jour de dimanche après la messe, en présence du conseil général de la commune et des fidèles. Ceux qui ne le prêteront pas seront réputés avoir renoncé à leur office et il sera pourvu à leur remplacement. »

Le texte du serment : « Je jure de veiller avec soin sur les fidèles de la paroisse (ou du diocèse) qui m’est confiée, d’être fidèle à la Nation, à la Loi, au Roi et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l’Assemblée nationale et acceptée par le Roi. »

Ceux qui refusent de prêter serment entrent dans la clandestinité. Ils sont appelés « réfractaires » ou « insermentés » et sont rapidement victimes de répression, de même que leurs protecteurs.

Le 10 mars 1791, un bref du Pape Pie VI déclare la Constitution civile du clergé « hérétique et schismatique ». Un second, le 13 avril de la même année, rejette lui aussi cette constitution. L’accueil qui leur est fait n’est pas des plus bienveillants…

bref_du_pape_en_1791
Bréf du Pape en 1791 – source :  Gallica

Les curés réfractaires sont rapidement remplacés par d’autres desservants, élus. Dans les provinces, cela n’est pas sans susciter des troubles car souvent la population reste fidèle à son ancien prélat. Cela entraîne le 29 novembre 1791 l’adoption par l’Assemblée législative d’un décret dans lequel les ecclésiastiques réfractaires sont déclarés suspects et privés de leurs pensions ; les édifices, qu’ils avaient encore le droit d’utiliser seront désormais employés au seul culte salarié par l’État. Les réfractaires n’ont donc plus le droit d’y exercer leur ministère. Louis XVI y oppose son véto ce qui suscite une rupture dramatique et irrémédiable dans l’opinion. C’est le début d’une période d’anticléricalisme et de déchristianisation.

Le 26 mai,  un nouveau décret stipule que tout prêtre insermenté dénoncé par vingt citoyens actifs serait proscrit. Louis XVI oppose à nouveau son veto mais cela n’empêche pas que le rassemblement dans les villes des ecclésiastiques pour y être détenus avec plus ou moins de sévérité. En juillet, des prêtres sont massacrés à Marseille, Limoges et Bordeaux.

Le 14 août 1792, les prêtres, constitutionnels et réfractaires, comme tout Français percevant une pension ou traitement de l’État, doivent prêter un nouveau serment dit serment de « liberté-égalité » :

« Je jure d’être fidèle à la nation et de maintenir la liberté et l’égalité ou de mourir en les défendant »

C’est donc parce qu’il ne veut pas prêter ce serment que notre curé écrit sa déclaration sur la dernière page du dernier registre qu’il a utilisé, le 14 août 1792.


Sources :

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