Un RDVAncestral qui tourne à l’histoire sans parole

En septembre 2016, Guillaume du Grenier des Ancêtres a initié le #RDVAncestral : chaque 3e samedi du mois, il s’agit de partir à la rencontre d’un de ses ancêtres et de la raconter… Ce récit, bien que basé sur des faits réels, est donc tout droit sorti de mon imagination. On y va ?

Un soir comme un autre à la sortie du travail, à la sortie du Grand Commun… J’ai l’impression d’une présence. Quand je tourne la tête, j’aperçois subrepticement un jeune garçon d’environ une dizaine d’années. Son allure me dit vaguement quelque chose mais je ne m’attarde pas plus que ça.

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René en 1957 – Source : papiers de famille

Ce n’est qu’après avoir tourné le coin de la rue que je fais le lien : papa ! Je reviens aussitôt sur mes pas, je le vois qui me regarde et semble m’attendre… Je suis un peu fébrile à l’idée de rencontrer mon père, aujourd’hui disparu, dans un endroit qui tout en étant très familier me semble complètement différent. Et pour cause, nous sommes le 28 mai 1956 ! Ce rendez-vous est plutôt une histoire sans parole…

René est accompagné d’un militaire et je reconnais sa tenue, celle que portent les enfants de troupe de l’école militaire enfantine Hériot. Cette école a été financée entièrement par « le commandant Olympe Hériot, ancien militaire, […] et construite sur ses terres à La Boissière (Yvelines). [Cet établissement est] destiné aux plus jeunes, il s’agit d’un orphelinat exclusivement réservé aux enfants de troupe de l’armée de terre. Le commandant Hériot s’engage à en faire don à l’État. Les soins des enfants de 5 à 9 ans sont confiés à des sœurs. L’orphelinat militaire Hériot accueille ses premiers « poussins » en février 1887. Les premiers d’une longue liste de plus de 4 500 enfants qui étudieront ici aux cours des 80 années suivantes. En 1917, l’école prend le nom d’Ecole Militaire Enfantine Hériot. Avec les méfaits de la guerre et l’accroissement du nombre d’orphelins, madame Douine-Hériot fait agrandir l’école en 1917 / 1918. Pour offrir des vacances différentes aux poussins, elle fait don de son château à Cancale (Côte d’Armor) en 1920. La 2° Guerre Mondiale oblige l’école à déménager en 1940 successivement à Moliets et Maa (Landes), puis à Billom (Puy de Dôme) et enfin à Draguignan (Var).
En mars 1944, l’école quitte Draguignan et s’installe à La Roche-Posay (Vienne) avant de regagner La Boissière en 1945. Madame Douine, veuve Hériot, bienfaitrice de l’école décède cette même année. En 1948, son fils Olympe Hériot remet officiellement le château de La Boissière à l’Etat. » C’est dans cette école que René va étudier de septembre 1955 à juin 1958, date à laquelle il a été admis au concours d’entrée de l’École militaire préparatoire de Billom.

L’école militaire enfantine Hériot à La Boissière-École. Les enfants de troupe de l’école militaire enfantine Hériot pendant la revue de chambre, Mai 1955 – Source : SCA – ECPAD (Référence : F-55-85-R09)
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Entrée de l’hôpital Dominique Larrey, Versailles, vers 1916 – Source : http://indre1418soldats.canalblog.com

Mais revenons à notre histoire… Je ne l’ai jamais connu bien épais mais je le trouve maigrelet, il semble fiévreux et n’arrête pas de tousser. Curieuse, je m’engage à leur suite et entre sous le porche où se trouvent d’un côté la salle de garde du médecin et de l’autre le bureau des entrées. Si la structure extérieure est identique à celle que je connais aujourd’hui, il n’en va pas de même de l’intérieur : l’hôpital militaire Dominique Larrey de 1956 ne ressemble plus à celui de 1916 dont j’ai vu des photos et pas encore au Grand Commun de 2018…

Arrivé au bureau des entrées, le militaire explique qu’il accompagne René qui doit être hospitalisé pour un examen pulmonaire – les problèmes respiratoires qui ont eu raison de lui en 2014 ne dataient donc pas d’hier…

Il ne me semble pas bien vaillant ni bien sûr de lui. J’aimerais m’approcher et le réconforter mais je n’ose pas. Je me contente de me tenir dans un coin et de veiller sur lui du regard, un peu comme il le fera avec moi, une vingtaine d’années plus tard… Il est assis et attend sagement que l’on vienne le chercher pour l’installer dans sa chambre. Le courrier que le médecin de l’école a envoyé à mes grands-parents parle d’une hospitalisation d’une quinzaine de jours, il sortira finalement près d’un mois après son entrée, à cause d’une pneumonie à virus. Il en gardera des séquelles : il fera plusieurs pneumopathies et des bronchites chroniques durant toute de sa vie…

Un peu gênée de cette rencontre impromptue et inattendue, je m’approche de la fenêtre et regarde la cour carrée. Il y a un petit jardin au centre, il est orné d’un petit bassin autour duquel marchent quelques soldats convalescents. J’imagine que René aura le droit de s’y promener aussi…

Mon regard et mon esprit se perdent soudain dans le vague. Et quand je reprends pied dans la réalité, je mets du temps à comprendre ce qui m’arrive : je m’étais assoupie sur les papiers concernant son parcours d’enfant de troupe que je suis en train de transcrire… une larme tombe sur la page de mon carnet… demain, c’est la fête des pères.


Sources :

 

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