ChallengeAZ_2019,  Généalogie

G comme Garde républicain

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Aujourd’hui, nous retrouvons Valentin – dont nous avons déjà parlé pour la lettre E – pour découvrir la deuxième partie de sa courte vie.

La Garde pendant la guerre

« Après avoir été séparée de la gendarmerie départementale par décret du 17 novembre 1940 et rattachée à la Direction de la Cavalerie et du Train par arrêté ministériel du 25 novembre 1940, la garde républicaine mobile fut reconstituée en deux groupes de 3 légions. » La Décision ministérielle n°1689 1/EMA du 31 janvier 1941 « transformait les « légions de garde républicaine mobile » en « légions de Garde ». […] Le 2 juin 1942, une loi plaçait la gendarmerie sous l’autorité directe de Pierre Laval, chef du gouvernement – Ministre de l’Intérieur. Un décret du 24 juin modifiait de nombreux articles du décret organique du 20 mai 1903 sur l’emploi et le service de la gendarmerie et en particulier l’article 4  en ces termes : « En raison de la nature de son service, la gendarmerie est placée sous les ordres directs du Chef du gouvernement. Elle prête son concours aux divers ministères et secrétariats d’État ». »

La démobilisation de l’armée française décidée par Hitler – consécutive à l’opération Attila déclenchée en représailles à l’opération Torch (déclenchée le 8 novembre 1942) – et exécutée le 27 novembre 1942 « ne concerna pas les légions de la garde qui furent maintenues en activité pour assurer le maintien de l’ordre. […]

La loi du 24 mars 1943 […] rattachait les régiments de la Garde aux forces de maintien de l’ordre du Département de l’Intérieur, afin que ce dernier puisse contrôler pleinement toutes les institutions ayant vocation à maintenir l’ordre. Cette loi créa une direction générale de la Garde composée de chef de cabinet, adjoint, chargés de mission, chefs de bureaux… placée sous les ordres d’un directeur : le général Jean PERRÉ nommé par décret du 7 avril 1944. »

« Le 28 mai 1943, un décret-loi précisait que les pouvoirs confiés au secrétaire d’État à la Guerre à propos du personnel de la Garde étaient transférés au secrétaire d’État à l’Intérieur. » Du fait de cette loi, la Garde était maintenant accolée aux groupes mobiles de réserve (G.M.R) formation de police civile et la Milice. Elle était pleinement enrôlée dans la lutte contre les « terroristes« .

C’est le 6 juin 1944, à l’occasion du Débarquement, que la Garde a brisé ses chaînes et que « des unités entières de gendarmerie rejoignirent le maquis et plusieurs escadrons constitués en groupements de combat (Groupement Daucourt et Groupement Thiolet) participèrent aux combats de la Libération au sein de la 1ère Armée française. » 

Valentin dans la Garde

Je n’ai pas encore trouvé – ce sont des recherches complémentaires qu’il me faudra faire au SHD à Vincennes – à quel endroit Valentin a été incorporé le 8 septembre 1942 à la 2e Légion de la Garde. Sa fiche matricule indique qu’il s’est rengagé pour 6 mois le 16 septembre 1942. Il a ensuite été titularisé garde à pied le 8 mars 1943, il s’était rengagé pour 1 an le 9 février 1943 à compter du 8 mars. Il se rengage une dernière fois pour 1 an le 10 mars 1944 à compter du 9 mars.

Valentin dans la Résistance
Gardes mobiles en 1944 – Source : blog Thierry Michaud

C’est à compter du 28 août 1944 que Valentin a rejoint les opérations contre l’armée allemande. « Dès le lendemain, le chef d’escadron Thiolet prend le commandement d’un groupement de motocyclistes formé du 4e escadron de Grasse, du 5e escadron d’Orange et d’un peloton porté du 2e escadron de Marseille« . Ils rejoignent les FFI qui entreprennent des opérations de guérilla contre les troupes d’occupation qui se replient autour de Moulins où « de nombreux convois ferroviaires blindés apportent le support nécessaire au repli des troupes« . Bien que de moins en moins nombreux, « les Allemands comptent quand même un millier de militaires« . Les FFI continuent leur harcèlement et augmentent la pression sur l’adversaire mais peinent à le maintenir dans la région de Varennes-sur-Allier.

A partir du 3 septembre, et pendant 3 jours, le groupement Thiolet attaque les colonnes ennemies. Une des patrouilles tombe dans une embuscade, deux gardes sont faits prisonniers mais parviennent à s’échapper.

Localisation des fermes autour de Montbeugny – Source : blog Thierry Michaud

Dans les campagnes, les moissons battent leur plein et les ouvriers de ferme s’entraident pour organiser les batteuses. C’est en allant demander de la main d’œuvre qu’un des ouvriers de la ferme des Mayences tombe sur une troupe allemande à la ferme de Montedoux.

Le 5 septembre au matin, l’ordre est donné d’attaquer Moulins dans la nuit qui vient mais, en milieu de journée, le contrordre arrive. En effet, il semblerait que les Allemands, encore nombreux, soient prêts à se rendre. Toutefois, comme ils ne reconnaissent pas les FFI comme des troupes régulières. Il est alors fait appel à l’ambassadeur de Suisse à Vichy pour mener une négociation qui se solde par un refus.

Les Allemands sont accrochés par les FFI qui ne cessent de les harceler et gagnent le village de Montbeugny. De là, ils lancent de nombreuses patrouilles pour tenter de débusquer les maquisards. C’est au cours d’un de ces patrouilles que les Allemands surprennent un groupe de 6 gardes. Ils réussissent à en capturer 3. Les deux autres parviennent à rejoindre leur escadron. A partir de là, les choses s’accélèrent autour de Montbeugny, entre les ferme des Mayences et de Montedoux. Plusieurs accrochages ont lieu entre les Allemands et les maquisards.

Le groupe de mitrailleuses Hotchkiss (calibre 8 mm) composé du chef Roques et de 10 gardes dont Valentin (le conducteur) est dirigé vers la route départementale 12 pour bloquer la route aux troupes allemandes et prend position dans la ferme des Mayences. Après un tour de reconnaissance, les gardes essuient un tir nourri. Une fois la surprise passée et leurs armes récupérées, ils ripostent mais cela n’est pas suffisant pour repousser la manœuvre d’encerclement des Allemands. Les tirs reprennent de plus belles. Le combat est acharné, dure près d’une heure trente mais les assiégés ne peuvent rien faire et la plupart des gardes tombent au cours du combat. « A cours de munition, les survivants du détachement [sont] contraint de déposer les armes. Les blessés [sont] achevés d’une balle dans la nuque ; les survivants exécutés sur place. »

Valentin fait partie des victimes. Il fait prisonnier et fusillé par les Allemands. Il avait 28 ans.

Ces informations sont, a priori, inscrites dans le dossier lui accordant la Médaille militaire. J’ai fait une demande auprès du CAPM de Pau pour en recevoir une copie mais je n’ai pas encore eu de réponse. Valentin a reçu à titre posthume la Médaille militaire et Croix de guerre 1939-1945 avec palme.

Tombe de la famille Borgia, cimetière de Bréry – Source : Geneanet

Valentin repose au cimetière de Bréry (Jura) avec ses parents et ses frères Antoine et Jean – dont je vous parlerai à l’occasion de la lettre R.

Monuments aux morts de Bréry – Source : Wikimedia Commons

Son nom est bien sûr gravé sur le monument au mort de Bréry. Il figure également « sur la stèle située à la ferme des Montedoux à Montbeugny (Allier) et sur le monument aux morts de la gendarmerie mobile – Caserne Beauvau – à Marseille (Bouches-du-Rhône). »

Le nom de Valentin et de ses compagnons figure également sur la stèle commémorative à Chapeau.

La 314e promotion de l’école nationale de Gendarmerie de Montluçon a pris son nom en 2012.


Sources :

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