ChallengeAZ_2019,  Généalogie

S comme service militaire

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Le conscrit Camille – Source : RMN-Grand Palais – J.-G. Berizzi

C’est la loi Jourdan de 1798 (an VII) qui instaure la conscription – ou service militaire obligatoire -, le fait que « tous les hommes âgés de 20 ans (sauf les hommes mariés, les infirmes, etc.) seront inscrits ensemble – d’où le terme de « conscription » – sur une liste de recrutement« . Cela devait permettre en temps de guerre de mobiliser tous les hommes et de ne faire appel qu’à des engagés volontaires en temps de paix.

Le 10 mars 1818, la loi sur le recrutement de l’armée, dite loi Gouvion-Saint-Cyr, « réaffirme le principe révolutionnaire de conscription qui avait été aboli par la Charte de 1814. Le recrutement militaire se fait désormais par le volontariat et par tirage au sort : il s’agit donc d’une loi égalitaire, bien qu’il soit possible de payer pour « racheter » un remplaçant. Par ailleurs, les nobles n’entrent plus directement en tant qu’officiers« . Les jeunes gens qui ont tiré au sort un mauvais numéro, ou les remplaçants qu’ils auront trouvés, doivent maintenant faite un service long de six ans. C’est ainsi, qu’entre 1815 et 1870, « la masse des soldats français est constituée d’appelés ayant tiré un mauvais numéro, de remplaçants et d’engagés volontaires« . Les choses changent en 1872 : le tirage au sort et maintenu mais le remplacement est supprimé.

 

« L’exemption, ou réforme, se basait sur des critères physiques. La taille d’abord : il fallait mesurer plus de 1,54 mètre pour être pris. Suivaient les difformités des membres, fréquentes à cette époque, et encore la faiblesse de constitution et les problèmes de vue, les signes de déficience mentale. L’index droit coupé exemptait le conscrit du service car il était inapte au tir, ce qui incitait à des mutilations volontaires. S’ajoutait l’état de la denture qui devait permettre de déchirer les cartouches de papier ».

Parmi les ancêtres de mon chéri, il y en a quelques-uns qui ont échappé à la conscription. Voici deux exemples parmi d’autres, choisis dans les Hautes-Alpes.

 

Le « crétin des Alpes »

Jean André ALBERT, fils de Jean François (~ 1783-< 1879) et Marie Madeleine OLLAGNIER (?-< 1879), naît à Briançon le 24 octobre 1819. En 1839, au moment de faire son service militaire, il est exempté pour « principe de goître« .

Liste du tirage au sort, 1839 (détail) – Source : Archives départementales des Hautes-Alpes

Mais qu’est-ce qu’un goitre ? Il s’agit d’une « augmentation de volume, souvent visible, de la glande thyroïde. Il s’agit d’une affection extrêmement fréquente touchant entre 200 et 800 millions de personnes dans le monde. Cette maladie est souvent familiale. »

Dans son Traité du goître et du crétinisme[…], publié en 1851, Bernard Niepce nous apprend qu' »un grand nombre d’auteurs considèrent le goître comme essentiellement lié au crétinisme, puisqu’un certain nombre d’enfants, destinés à devenir crétins, sont primitivement atteints du goître. Cependant, comme beaucoup de goitreux ne sont pas crétins, et que le crétinisme n’est point en rapport avec le plus ou moins de volume du goître, on peut dire que le goître et le crétinisme sont deux effets le plus souvent distincts de la dégénérescence de l’espèce humaine, dont le goître serait le premier degré et le crétinisme le dernier effet. »

Beaucoup étudié au XVIIIe siècle, on sait qu’il était commun dans les régions dont le sol était pauvre en iode (en particulier les zones montagneuses, comme les Alpes ou les Pyrénées). D’où l’expression « crétin des Alpes »… C’est avec la découverte de l’iode au début du XIXe siècle qu’on a commencé à  faire disparaître le goitre endémique, notamment dans les pays riches où le sel contient de l’iode.

 

Mais revenons à Jean André qui, malgré son principe de goitre – ce qui signifie sûrement qu’il n’était pas si volumineux que ça – a trouvé une épouse, Jeanne Thérèse FAURE, avec qui il s’est marié le 22 août 1849 à Nevache.

Acte de mariage de Jean André et Jeanne Thérèse, p.1 – Source : Archives départementales des Hautes-Alpes
Acte de mariage de Jean André et Jeanne Thérèse, p.2 – Source : Archives départementales des Hautes-Alpes

Le couple a eu au moins deux enfants : Marie Louise, née en 1857, et Sophie Elie Magdelaine, née en 1865.

Jeanne Thérèse est décédée le 3 avril 1878 à Briançon et Jean André la rejoint dix-huit mois plus tard, le 18 octobre 1879.

 

De Jean André à mon chéri :

  • Génération 6 – sosa 50 : Jean André ALBERT (1819-1879)
  • Génération 5 – sosa 25 : Marie-Louise ALBERT (1857-1894)
  • Génération 4 – sosa 12 : Antoine Joseph COINTE (1885-1942)
  • Génération 3 – sosa 6 : Albert Louis COINTE (1918-2004)
  • Génération 2 – belle-maman
  • Génération 1 – chéri

 

Le trop petit

Jean Joseph COINTE est le fils de Joseph (~ 1777-1847) et Madeleine JOUGLAR (~1778-1817) qui se sont mariés le 23 mai 1797 à Chateauvieux. Il est né à Gap, le 25 avril 1815. En 1835, il est exempté de service militaire pour « défaut de taille« .

Liste du tirage au sort, 1835 (détail) – Source : Archives départementales des Hautes-Alpes

Il n’y a pas d’indication de taille dans le registre mais dans le Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, on peut lire « jusqu’en 1830, le minimum de la taille exigée pour le service militaire avait été de 1m. 757. En 1830, ce minimum fut accidentellement abaissé à 1m. 540 ; mais, à partir de 1831, il a été relevé à 1m. 560, et il est resté à cette mesure ». Cet abaissement de la taille a permis de recruter plus de conscrits.

Encore une fois, ce handicap n’a pas empêché Jean Joseph de fonder une famille. Le 22 octobre 1846, il a épousé Marie Rose Fine ROBERT, née en 1829, à Gap.

Acte de mariage de Jean Joseph et Marie Rose Fine – Source : Archives départementales des Hautes-Alpes

Ils ont eu au moins deux fils, Jean Joseph, né en 1848, et Paul Henri, né en 1852.

Jean Joseph est décédé le premier, le 6 août 1868 à Gap. Marie Rose Fine est morte le 30 décembre 1872.

 

De Jean Joseph à mon chéri :

  • Génération 6 – sosa 48 : Jean Joseph COINTE (1815-1868)
  • Génération 5 – sosa 24 : Paul-Henri COINTE (1852-1924)
  • Génération 4 – sosa 12 : Antoine Joseph COINTE (1885-1942)
  • Génération 3 – sosa 6 : Albert Louis COINTE (1918-2004)
  • Génération 2 – belle-maman
  • Génération 1 – chéri

Sources :

  • Le conscrit Camille, Camille, 1871, MuCEM, Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, inv. 55.139.3
  • Le conscrit Camille, L’Histoire par l’image
  • Loi Gouvion-Saint-Cyr, Wikipedia
  • Conscription Jean André, Archives départementales des Hautes-Alpes, Liste du tirage des jeunes gens de la classe 1839, vue 112/398, 1 R 546
  • Goître, Wikipedia
  • Bernard Niepce,Traité du goître et du crétinisme : suivi de la statistique des goîtreux et des crétins dans le bassin de l’Isère en Savoie, dans les départements de l’Isère, des Hautes-Alpes et des Basses-Alpes, Paris : J.-B. Baillière, 1852, disponible sur Gallica
  • Acte de mariage de Jean André et Jeanne Thérèse, Archives départementales des Hautes-Alpes, Nevache, Naissances, mariages, décès (1849-1850), 2 E 98/6/7, vues 43 & 44/71
  • Conscription Jean Joseph, Archives départementales des Hautes-Alpes, Liste du tirage des jeunes gens de la classe 1835, vue 145/395, 1 R 542
  • Article « Taille », Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, tome 16, p. 1402
  • Acte de mariage de Jean Joseph et Marie Rose Fine, Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap, Naissances, mariages, décès (1846), 2 E 65/46/3, vue 133/195

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